Posted by weslind couleur on October - 16 - 2016 0 Comment
Matthew : impacts et actions pour le grand Sud

Matthew : impacts et actions pour le grand Sud

Matthew a plongé 1,4 million de personnes dans le besoin d’aide humanitaire. Dans les marchés de Port-au-Prince, il n’y a quasiment plus de denrées alimentaires en provenance du grand Sud qui attend un plan Marshall pour relancer son agriculture, son économie.

Rue du Magasin de l’État, presqu’en face de l’école Jean 23, jeudi. Sous une tente faite de bâches et de vieux morceaux de tissus, deux femmes nettoient gombo, viande et crabes sans faire attention à l’invasion de mouches, aux coups de marteaux de réparateurs de carrosseries d’autos, aux allées et venues des mécaniciens du coin sous un soleil de plomb. La tête ceinte d’un mouchoir, Alourde, la soixantaine, met du bois, alimente le feu sous un drum noircie, rempli de «lam veritab».

C’est la routine, du lundi au samedi, pour ces femmes qui préparent le « tonm tonm », du « lam veritab pile » qu’on avale avec une sauce de gombo, le plat typique des gens originaires des Cayes et de Jérémie. La matière première, le « lame veritab » en particulier, est devenue rare et chère après le passage dévastateur de Matthew dans le grand Sud. « Au marché de la 5e avenue Bolosse, j’ai acheté 12 lam veritab en provenance de Jacmel pour 500 gourdes », confie Alourde, originaire elle-même de Jérémie. « Les enfants de Dieu vont périr », soupire-t-elle. Le prix du plat, 100 gourdes, pourrait passer à la hausse à cause de la rareté, envisage cette femme.

Au « marché aux Cayes », en plein cœur du marché de la Croix-des-Bossales, le plus grand marché d’Haïti, il n’y a que des cocos, ceux ramassés après Matthew et acheminés au marché, confie Camelle Joachim. Il n’ya plus de maïs moulu, de pois noir, d’igname, de banane, de malanga, soutient Vendredi Émilie vendredi. « Vu l’ampleur de la dévastation provoquée par Matthew, il faudra au moins dix ans avant que mon pays, les Cayes, redevienne ce qu’il était avant », estime Camelle Joachin qui a vu le jour à Torbeck.

Plus au nord de Croix-des-Bossales, entre des camions vides, des marchands, des piles d’immondices, il faut moins de cinq minutes à moto pour atteindre le marché au wharf de Jérémie. Il  est presque vide. « C’était comme ça hier mercredi, jour de marché », explique Pierre Gina, assise devant son commerce. « Il n’y a plus rien à Jérémie », insiste-elle. Pierre Gina ne force pas sur les traits.

Sillonnant la Grand’Anse, Anaïse Chavenet, journaliste et éditrice, s’inquiète devant l’ampleur de la dévastation, de ces paysages presque lunaires par endroits. Pour elle, si le nécessaire n’est pas fait, le spectre de la famine va se préciser pour des populations ayant tout perdu, dans certains cas, même les semences. L’action doit s’inscrire sur plusieurs tableaux pour nourrir les populations sinistrées et relancer la production agricole dans les zones touchées.

Les propositions ne manquent pas. La perte des racines et tubercules, dont l’igname, peut suppler à des excédents pouvant provenir de Boucan Carré, dans le Plateau central et de Laverdure », propose l’agronome Joël Ducasse. Il  identifie la patate douce -dont les prix sont bas- et  le manioc  produits dans le département du Centre et à l’Arcahaie.

Pour les grains, le maïs et le sorgho, il faut voir avec des excédents pouvant venir des Gonaïves, du Far West et du Plateau Central. Il y a aussi des excédents sur le chou dans la zone de Kenscoff et Furcy, où des fois cette production a pourrit au bord des routes faute d’acheteurs, indique-t-il.  Des possibilités d’achat immédiat devraient être analysées, en attendant la reprise des productions dont les prochaines récoltes adviendraient d’ici février – mars, soutient Joël Ducasse.

« Il y a, dans la Grand’Anse, la partie sud de Macaya où prennent naissance  trois rivières : rivière  Roseau, rivière Voldrogue, rivière Guinaudée. Il faut considérer cette partie du bassin versant pour améliorer la culture de l’igname puisqu’on l’a fait dans de mauvaises conditions de défense et de restauration de sol », selon l’agronome Michel William. La superficie plantée en igname dans tout le pays est de 52 108 has. La Grand’Anse, à elle seule, fait 50%. Il y a des zones de production à Beaumont, Marfranc, Chambellan, Moron, Dame- Marie, Bwa Sêk, Léon, Fon Kochon, St-Victor ( Anse d’Hainaut), Franklin, etc.

« Il n’y a plus  d’arbres, il n’y a plus de rak bwa pour la collecte des tuteurs indispensables à la culture de l’igname. On ne peut pas attendre le reboisement pour relancer la culture de l’igname. L’alternative immédiate  est de faire la culture en palissade », selon l’agronome Michel William. « La palissade consiste  à aligner  des pieux en tuyau galvanisé et à passer  à des hauteurs  respectives de 40 centimètres, et de un mètre  du fil de fer à ligaturer, au long desquels  on fera  courir l’igname. Avec les tuteurs en tuyau galvanisé, les agriculteurs mettront 20 à 30 années sans  recourir aux tuteurs en bois », explique-t-il.

Plus loin, l’agronome Michel William souligne que « les Grandanselais ont une culture de pye bwa, de cacaoyer et de café. Il faut en profiter pour relancer la culture du café et de cacaoyer en relançant les pépinières d’arbres de couverture, de café et d’arbre véritable, chadèque, orange douce, avocatier . « Il y a 6 000 à 10 000 ha plantés en cacaoyer et café dans la Grand’Anse ,qui étaient sur le point de mourir avant Matthew», indique l’agronome Michel William. Il n’y a pas que ça dans son sac à propositions. Il faudra  penser à baiser le prix de l’engrais et à empêcher le marché noir. D’un autre coté, Michel William indique « qu’il n’y aura pas de problèmes de semences, sauf si les habitants, mourant de faim, vendent les semences qui vivent sous terre ».

Pour Michel William, « il faut faire des travaux de conservation de sol, rien que pour pouvoir créer du travail, même si l’effet durable est questionnable ». Et, poursuit-il, « encourager des bandes enherbées sur courbe de niveau pour freiner l’érosion et faire pousser plus d’herbe pour donner à manger au peu d’animaux ruminants qui restent ».

« La maladie du charbon va cohabiter avec le choléra parce le microbe de la maladie du charbon déjà présent partout a été disséminé par les eaux d’érosion », prévient l’agronome Michel William qui conseille la mobilisation des élus de proximité de la jeunesse, et de la société civile. « Il faut organiser dans chaque section communale avec les Casec, les Asec, les notables et les jeunes leaders une structure d’opération, de supervision et de pénalisation qui rend chaque acteur et chaque bénéficiaire comptable de ce qu’il fait », conseille Michel William qui redoute l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans les zones sinistrées d’ici novembre et décembre.

Pour le responsable de la PAPDA, Camille Charlmers, il faut « offrir les meilleures conditions possibles pour réussir le processus la recapitalisation des exploitations paysannes, notamment à travers une distribution massive de semences de bonne qualité et des intrants de toute sorte ». L’économiste estime aussi important la « création massive d’emplois dans les travaux de réhabilitation des petits systèmes d’irrigation et des routes ». Camille Charlmers croit aussi qu’il ne faut « surtout ne pas rater la saison d’hiver qui débute vers le 15 novembre » et « prévenir les flux migratoires vers Port-au-Prince ».

Sans entrer dans les détails, un économiste, off the record, croit qu’il faut renforcer les coopératives qui ont un certain succès dans le financement agricole. Il évoque également l’importance d’une augmentation du capital de ces institutions pour qu’il y ait plus de cash pour financer des activités de relèvement que l’État pourrait garantir. « La situation dans le grand Sud va forcement provoquer des changements au niveau du portefeuille de projets de plusieurs bailleurs de fonds », souligne-t-il, estimant, que cette fois, l’on devra apprendre des leçons de l’après-séisme, en 2010, pour  agir avec efficience et atteindre les objectifs fixés. « Ce sera long et difficile », prévient-il, espérant que le pays pourra finalement se relever après ces chocs qui enfoncent sa population dans plus de précarité.

Categories: Feartured, Haiti News

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